LE MANAGER IDÉAL EST BORDÉLIQUE, PROCRASTINATEUR, DESTRUCTEUR, INTRUSIF, BAVARD ET SYMPATHIQUE

man-869215_1920

J’ai identifié le manager idéal : il est bordélique, procrastinateur, destructeur, intrusif, bavard et très sympathique.

Ce blog ne pouvait échapper à ce profil ayant à cœur l’innovation managériale !

Bordélique

Le bordel est souvent synonyme de désorganisation, de manque de rigueur, de manque de concentration. Ne dit-on pas que vivre dans une maison ordonnée influe de manière positive sur tous les autres aspects de votre vie ?! Il y a en effet une norme qui nous pousse à ranger.

Et si au contraire le bordel encourageait la créativité, faisait s’exprimer ce qu’il y a de meilleur en nous. Les enjeux ne seraient-ils pas dans le désordre ?

Nous succombons souvent à la tentation d’une approche organisée, militaire, alors que nous serions mieux inspirés d’ouvrir grand les bras à un certain degré de désordre : le non quantifié, le non coordonné, l’improvisé, l’imparfait, l’incohérent, le brut, l’encombré, l’aléatoire, l’ambigu, le vague, de difficile, le divers et même le sale.

Le désordre peut encourager la créativité, renforcer la ténacité et, en règle générale, faire s’exprimer ce qu’il y a de meilleur en nous.

Quand on voit un bureau mal rangé, on voit juste du désordre. On ne voit pas quelque chose qui fonctionne.

Rien ne mobilise mieux l’attention que d’oser s’aventurer en terrain inconnu: se confronter à une situation où vous n’êtes pas forcément à l’aise, de sorte que vous devez être très attentif pour voir comment elle se déploie, afin d’être en mesure d’en garder la maîtrise.  

Les perturbations, les situations qui nous mettent mal à l’aise, nous aident à résoudre des problèmes, nous aident à devenir plus créatifs.

Procrastinateur

John Perry professeur de philosophie à l’université de Stanford envisage la procrastination structurée, une stratégie étonnante qu’il a découverte et qui transforme les procrastinateurs en êtres humains efficaces, respectés et admirés pour tout ce qu’ils peuvent accomplir et pour le bon usage qu’ils font de leur temps.

Tous les procrastinateurs repoussent les choses qu’ils ont à faire. La procrastination structurée est l’art de mettre à profit ce défaut. Procrastiner ne signifie pas ne rien faire du tout. Il est rare que les procrastinateurs ne fassent rien du tout, au contraire, ils font des choses dont l’utilité est marginale, parce qu’elles sont un moyen d’éviter de faire une tâche plus importante.

Le procrastinateur peut être motivé à réaliser une tâche difficile, urgente et importante, tant que ce travail est un moyen de ne pas faire une autre tâche, plus importante.

Mais qu’advient-il des tâches importantes, en haut de liste, qu’on ne réalise jamais ?

L’astuce est de bien choisir les projets placés en haut de liste.

Il faut être capable d’identifier et de s’attribuer des tâches aux échéances irréalistes et à l’importance surgonflée, en se persuadant qu’elles sont importantes et urgentes. Ce n’est pas un problème, puisque quasiment tous les procrastinateurs sont doués pour se mentir à eux-mêmes.

Destructeur

Joseph Schumpeter a désigné la « destruction créatrice » le processus continuellement à l’œuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition de secteurs d’activité économique conjointement à la création de nouvelles activités économiques.

Nous vivons dans un monde d’incertitude et de ruptures. Or pour survivre dans ce monde, on nous dit que les organisations devraient être agiles. Le mot Agilité est désormais partout. Mais il n’en est rien. Ce n’est pas d’agilité dont nous avons besoin ! Mais de destruction.

C’est le dilemme de l’innovateur. En substance, une organisation rechigne à parier sur le futur parce qu’elle souhaite protéger son activité actuelle. Elle est prise dans un conflit entre cette activité et le futur: si elle mise tout sur le futur, elle risque de sacrifier son activité historique, sans aucune garantie de réussir l’activité future.

L’avantage des startups n’est pas tant leur agilité que le fait qu’elles n’ont pas d’activité historique à protéger.

L’agilité n’est donc pas suffisante parce qu’elle ne règle pas la difficulté principale du manque d’innovation. Ne pas résoudre cette difficulté, c’est s’exposer, comme avec tant d’autres modes managériales à des déconvenues. Il faut accepter de détruire.

Intrusif

Apprenez à poser des questions intrusives : les managers rencontrent des résistances chaque jour. La résistance peut provenir d’un responsable qui ne veut pas approuver un projet, un service qui refuse de fournir des ressources, un client qui rejette catégoriquement une proposition, enfin quiconque vous bloque dans l’atteinte d’un objectif ! La façon dont ils les gèrent est parfois contre-productive.

Une erreur typique de réponse d’un manager, continuant à dire non à une personne résistante, est de continuer à imposer sa propre idée en donnant de plus en plus de preuves et en décrivant les retombées négatives pour l’autre personne. Et on continue ainsi à tourner en rond autour de cette personne qui continue à dire non… Il y a incontestablement une meilleure solution !

Poser une série de questions intrusives, que j’appelle contestataires, permettra à l’autre personne de repenser ses hypothèses et d’ouvrir des possibilités d’accord.

L’idée a été proposée par Socrate dans la Grèce antique, il y a près de 2.400 ans.

La méthode socratique a permis à des parties adverses de se mettre d’accord malgré des vues initiales divergentes. Dans notre environnement actuel souvent conflictuel, cette méthode est largement sous-utilisée.

Bavard

Quand une conversation donne-t-elle le sentiment à l’autre de se sentir compris ? Était-ce au sujet de ce qui a été dit ? Comment cela a été dit ? Le manager a-t-il vraiment écouté ou était-il pressé et sous pression de temps ? Prendre son temps ou re-prendre le temps, c’est sortir de l’urgence. Notre époque, faite de vitesse et d’accélération permanente, nous offre le plaisir d’accéder à nos désirs sans attendre, offre à nos supérieurs l’accès à une satisfaction immédiate : résultat, succès, rentabilité, etc., mais court-circuite tout possibilité de savourer l’instant présent.

Nous devons réapprendre à « perdre du temps » à parler pour en gagner ! Réapprendre ces actes simples de communication qui installent le dialogue, cueillent les informations essentielles, donnent du sens à nos actions et celles des collaborateurs, font converger les attitudes de chacun vers un même objectif, maintiennent ou relancent la motivation.

Et très sympathique

Surtout ne vous privez pas d’être souriant, joyeux et empathique, vous passeriez à côté d’une vie saine et récompensée.

Pour certains, revoyez donc CV, lettre de motivation et fiche de poste, pour d’autres mettez-vous au travail et développez toutes ces belles compétences!